L’ethnologue

de Frédéric Vasselin

C’est l’hiver en plein mai. Sur la plage abandonnée, des parasols résistent aux vents mauvais, des galets roulent en vagues vaines et désolées. Sur la plage enseulée, je traîne un cœur blême, des veines gonflées, une âme vidée. Sur la plage endeuillée : un corps jeune que la mer a rejeté. Le corps noyé de celle que j’aimais. Le corps meurtri de ma Sophie.

Sur la plage agitée, débarquent sirènes, ambulances et policiers. Sur la plage, d’un bleu intermittent, des hommes s’affèrent autour de Sophie, de son éternité. Sur la page sale d’un petit carnet, je décline — Pilou, Pierre, 35 rue des Haies — mon identité. La victime ? Oui, je la connaissais : Sophie, Sophie Dumier…

Bonjours je suis Sophie Dumier. Je vous avais téléphoné…
– Professeur Dumier ?… Je ne m’attendais pas…
– Je sais, vous attendiez double foyer, peau quatre fois ridée et casque colonial pour couronner.
– Je n’avais pas été jusqu’au casque. Mais vous avouerez : qu’un ethnologue s’intéresse a un chanteur comme moi, il y a de quoi gamberger.
– Vous m’invitez ? Ou je reste sur le palier pour vous observer ?
– Pardonnez-moi ! Entrez donc mademoiselle, vous êtes ici chez vous. Vous pouvez rester le temps qu’il vous plaira.
– Merci.

« Merci, vous voudrez bien vous tenir à la disposition de la police le temps nécessaire à l’enquête. »
Puis l’inspecteur ajouta :
« Si je puis me permettre, j’aime beaucoup ce que vous faites. Ma mère a tous vos disques et à l’en croire je vous dois d’être là. »

Sur la digue embruinée, mes pas me mènent, mes pensés passent, la vie me dépasse. Sur la ligne du fil de mon passé, Sophie revient, me rejoint. Sophie m’enlace, Sophie m’embrasse. Son regard me tient, son cœur m’étreint, son corps me retient.
Je n’avais jamais aimé.
« Vous saviez que Sophie Dumier était enceinte ? »
Un enfant !… Sophie pourquoi m’as-tu quitté ? Sophie, que t’ai-je fait ?

« La victime a été vue pour la dernière fois à son cours vendredi. Vous nous signalez sa disparition que dans l’après-midi du dimanche. Et c’est vous qui découvrez le corps le soir même ! »
Un enfant ? Tu n’en voulais pas. Tu ne voulais pas d’enfant de moi. Sophie pourquoi m’as-tu quitté ? Sophie, qu’as-tu fait ?

« On t’a vu dans la nuit du samedi sur la jetée. Tu ne peux pas le nier. »
J’aurais dû te suivre mon amour. Avec toi et l’enfant, pour toujours, toujours grandir, toujours aimer, aimer sans vieillir.

« Coupable »
Coupable de vivre. Coupable d’aimer.

Aujourd’hui Sophie je te viens. En prison. Loin des hommes. Emmuré, notre amour, Sophie n’a jamais partagé. La porte se ferma. D’un regard il embrassa son univers. Lit toilettes lavabo, lit barreaux lavabo glace.

Glace où il vit sa liberté en face.

Sortons nos livres et nos stylos.
Ce sont nos armes les plus puissantes.
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