Portrait de l’artiste dans le flou

de Martine Castro

J’étais. Aujourd’hui je suis. Autre, autrement. Mon enveloppe a changé avec le temps qui passe.
Chaque matin, je contemple, je me force à contempler cette silhouette qui s’épaissit, ce dos qui se voûte, cette pesanteur qui m’entraîne vers la terre. Je ne mets pas mes lunettes. Chaque matin, j’espère que ce halo flou que j’entrevois à travers ma myopie reprendra son ancien contour, si ferme, si précis, lorsque je les mettrai pour affronter le monde.
Chaque matin, il commence par ce regard attentif dans la grande glace, embuée de vapeur d’eau. Mon teint clair s’est brouillé, mes paupières se sont alourdies. D’un doigt ferme, je les masse, de la paume je remonte cette peau en trop.
Mes lèvres qui furent charnues et roses s’amincissent et se décolorent. Je les mords et les mords encore pour leur redonner vigueur et couleur.
De profil, je rentre le ventre, je me cambre. Mais ce geste réveille les douleurs d’une colonne qui se tasse jour après jour.  » Tu rapetisses ma fille « , je me dis.
J’ai eu le cheveu épais, doré, lumineux. Maintenant c’est l’artifice qui lui rend sa lumière, qui cache sa couleur de cendre pâle.
Mes muscles s’amincissent, inexorablement. Je ne vois plus leur dessin sous la peau que je garde douce à renfort de laits et de crèmes. Mes mains s’épaississent, parfois une nouvelle fleur de cimetière y éclôt. Mes ongles se cassent.
Chaque matin, le temps ne se remonte pas. Chaque matin, il passe un peu plus lourdement sur les épaules, les seins, les pieds même. Tiens, mes pieds, ils ont pris une pointure en plus au moins, à porter cette chair pour laquelle ils n’étaient pas faits.
Longtemps, je me suis habillée de court, de moulant, de provocant presque. Je n’ai jamais eu la grâce du visage, avec ce nez trop gros et sa tache au bout, ce menton trop lourd. Mais j’avais le regard intense et ce corps superbe, disaient mes amants, taille mince, poitrine haute, hanches rondes et jambes longues. Maintenant, je le cache : le long, l’ample, tout ce qui dissimule. On ne verra plus mes genoux, ni mes chevilles, ni mon dos nu.
Chaque matin, une fois dissimulé ce corps qui me pèse, enfin je mets mes lunettes. Tout se précise, même le flou qui reste flou. Enfin, je vois mon regard. Les deux taches sombres dans le brouillard d’un ovale pâlot prennent forme. Peut-être un peu moins larges qu’avant. Mais toujours en alerte.
Dedans, je crois bien que dedans, la vie n’a pas laissé les mêmes traces que dehors. Mon âme a gardé tout ce que l’enveloppe a perdu. Plus rapide, plus acérée, plus tonique encore. Et merveille, ma colère est, comme à mon premier jour, intacte.

Sortons nos livres et nos stylos.
Ce sont nos armes les plus puissantes.
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