15 août

de Katell Jadé

Ce dimanche du 15 août est à l’image de l’été qui va bientôt s’achever : ensoleillé et chaud. Isolée de la route et entourée de champs de blé dorés, la maison de campagne des Berthier est un havre de paix et de tranquillité.

Martine et Pierre Berthier ont convié amis et famille autour d’une grande tablée. Les rires ont fusé, les ventres sont repus, le vin a enivré. Quand les convives sortent de table, le soleil est à son zénith et darde au-dessus du jardin. Les abeilles butinent le parterre de fleurs. Les étourneaux festoient autour du cerisier. Ici se faufile un lézard, là un rouge-gorge accroché à sa branche défend son nid par son chant mélodieux. Les odeurs sont chèvrefeuille et jasmin. Une légère brise transporte ces senteurs dans l’air chaud et sec.

Oncle Edouard s’est éclipsé pour une sieste salutaire. Tante Berthe s’est réfugiée sous le patio ombragé par la vigne grimpante. Elle se tapote régulièrement le cou d’une petite serviette humide. Emilie marche pieds nus dans l’herbe chaude, sa robe légère lui colle délicatement à la peau. Elle se mariera avec Pierre l’été prochain. Pierre ne semble pas prendre part à la discussion qu’ont entamée Gérard et Fred, assis dans des fauteuils en osier, humant le cigare qu’ils s’apprêtent à fumer. Pauline a apporté du thé glacé. Claudine distribue les chapeaux de paille. Le petit Louis et la petite Camille jouent dans une piscine gonflable en plastique bleue sous le regard vigilant de leur mère Chloé. Oncle Paul a retroussé son pantalon et taquine les enfants en prenant toute la place dans le bassin. Eric et Sophie sont allongés sur l’herbe et se chuchotent des mots doux à l’oreille. Eric caresse le ventre rebondi de Sophie et sourit de l’enfant à naître.

Benjamin et Elodie sont montés en cachette dans le grenier…Les vasistas sont ouverts mais aucun courant d’air ne vient rafraîchir la moiteur de la pièce. Les deux adolescents chuchotent…

– Tu l’as déjà fait ? demande Benjamin à Elodie.
– Non. Et toi c’est la première fois ? questionne à son tour Elodie.
– Oui répond Benjamin, un peu gênée.
– Tu sais comment on fait ?
– Pas vraiment…
– Tu crois qu’on est prêt ?
– Comment le savoir si on n’essaye pas ?
– Et si c’est raté ?
– Ben… y aura qu’à recommencer !
– T’as pensé à emmener ce qu’il faut ?
– Oui, j’en ai piqué à mon père.
– Il ne va pas le remarquer ?
– Je crois pas en tout cas il dira rien à maman, il a pas intérêt à ce que ça se sache !
– T’as regardé la date de péremption ?
– Janvier 2010.
– Tu sais comment ça s’utilise ?
– Oui, j’ai regardé la notice.
– Jasmine m’a dit qu’on n’était plus la même après.
– Tu préfères fermer les yeux ?
– Oui, vas-y je suis prête.

Des pas dans l’escalier, la porte s’ouvre :

– Mon père ! crie Benjamin
– Ah bah vous êtes là ! Qu’est ce que vous fabriquez ? Le petit Louis vous cherche partout, vous lui avez promis de jouer à cache-cache… Mais qu’est ce que ? Qu’est ce que…

Benjamin et Elodie restent comme prostrés. Le père de Benjamin est déjà descendu dans le jardin et du vasistas résonne à leurs oreilles :

« MARTINE ! MARTINE, TON FILS FAIT DES BETISES DANS LE GRENIER ! MARTINE ! TON FILS EST DEVENU FOU ! IL EST EN TRAIN DE TEINDRE LES CHEVEUX DE SA COUSINE ! »

Sortons nos livres et nos stylos.
Ce sont nos armes les plus puissantes.
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