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Une échappée poétique

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Week-end Découverte

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Des ateliers ¦ Osons l’écrit

Apprendre à écrire comme un art

- Pourquoi écrivez-vous ?
enquête un journaliste auprès d’écrivains ds les années 70

- Bon qu’à ça
répond Beckett par télégramme depuis Londres

P1230684Une traversée de la création. Ecrire avec d’autres, avec des préoccupations les mêmes ou différentes, c’est ce qui fait toute la richesse d’un groupe.

Et comment s’y prendre ?
Dans le respect, l’écoute, une démarche constructive et la bienveillance. On écrit comme on est.
Avec l’héritage, disponible à tous, de la littérature au travers des siècles.
Toute la question puis la magie d’écrire tient dans ce « Comment ? »

« Ne cherchez pas à être meilleur que ceux qui vous précèdent, ne cherchez pas à être meilleur que vos contemporains, cherchez donc à être meilleur que vous-même », dit par exemple Faulkner lorsqu’il cherche à transmettre ce qu’il croit savoir de l’écriture à un de ses élèves.

Dans mes ateliers, nous découvrons aussi que nous écrivons comme nous sommes, chacun, à sa manière. Nous expérimentons auprès des auteurs ce qui peut nous aider à trouver nos propres ressources, notre ou nos propres pentes, par ce qui résonne en nous de leurs travaux, par ce que nous apprenons de leurs recherches qui nous ouvre les yeux et les oreilles.
Nous allons ainsi nous échapper dans la création, « perdant raison » logique et rationnelle, en côtoyant aussi vos textes, les uns des autres, les uns aux autres, dans un travail en groupe ou l’on s’essaie à traverser au fil du temps quelle quête m’habite, au milieu des autres, quelle est ma place personnelle devant l’écrit, comment les travaux des autres résonnent-ils en moi, comment je m’en différencie, parfois comment je leur ressemble.

On s’essaie, on apprend, à faire des retours, des feed-back, sur les textes des autres.
Peu à peu, c’est l’univers de chacun qui prend forme. Et trouve son fond. On est là pour construire, on repère ce qui marche ; on travaille uniquement sur les textes, jamais sur les personnes ; ce ne sont pas des ateliers thérapeutiques et de ces deux choses, bâtir et travail du texte, je me porte garante.

statue_of_liberty_in_parisComment s’y prendre ?
Comment se frotter aux autres pour ce faire ?
Traverser les textes des auteurs depuis des siècles pour y trouver ce que leurs sillons de création m’apportent ou pas ; côtoyer les autres en groupe train d’écrire et me confronter, m’adonner à leurs expériences.
L’atelier d’écriture conduit par Françoise Neveu est avant tout un lieu de création où l’on travaille ensemble dans le respect de chaque écriture et de chacun.
C’est un lieu structurant.
C’est un lieu bâtissant.
Il échappe par nature à toute définition et contexte autre que ceux d’un laboratoire où l’on tente d’écrire, et donc d’être soi. Il n’y est pas question « d’animation » ; ni « d’atelier thérapeutique » ; ce n’est pas non plus une « école d’écrivains. »
Il permet à chacun d’explorer vers où le conduit son désir d’écrire et comment chacun s’y prend pour produire des écrits, des textes, dans l’ampleur de ce qu’il est. On écrit comme on est.

Un accompagnement constructif

Pour habiter cet espace, découvrir cette création et cette singularité, nous prenons appui sur des formes, des formes littéraires qui émergent des sillons de recherche et d’écriture des auteurs qui tissent l’écrit aussi bien maintenant que depuis des siècles et nous offrent autant d’outils à utiliser, traverser, expérimenter, mesurer pour soi.

Le bleu des turbans des hommes du désert signe à quel point l’art, ici couleur, nous est aussi vital que l’eau et la nourriture.

En atelier nous apprenons à repérer ce qui fonctionne dans un texte, comme on repère les pierres qui dépassent pour traverser un gué ; rien ne sert de repérer celles qui sont sous l’eau. Ce n’est pas le beau, qui guide, ce n’est pas le j’aime / j’aime pas ; c’est la qualité de l’élaboration, la qualité élaborante même. La pédagogie est positive, constructive. Les retours ainsi faits par les uns et les autres portent exclusivement sur les textes, pas sur les personnes. ,

Ce lieu de création s’installe pour chacun au-dedans et alentour de soi, d’abord dans le module 1, puis se déploie vers des textes plus longs l’année suivante en module 2, avant d’un retour à l’autonomie en module 3.
Pour participer, il suffit  d’avoir le désir d’écrire. Ils sont accessibles à tous, y compris ceux qui n’ont jamais écrit, ou qui sont plus ou moins bloqués, ou qui n’aime pas et veulent savoir pourquoi. Bien au contraire !

Nous apprenons à penser, structurer nos idées, savoir quoi dire, à qui, pourquoi, comment ; le tout en poésie, aussi. L »écrit est dans le « comment s’y prendre » pour faire comprendre ce que j’ai à dire, installé sous cette voûte de la langue dans laquelle je suis et à l’abri de laquelle nous vivons.

« Osons l’écrit »
un slogan — À la force des battements de cœur du poignet, du clavier, du doigt et de l’œil, écrire avec ce qu’on est et ce qu’on a
une devise — On écrit comme on est
chouette dit la Chouette on peut être imparfait ; Il n’y a pas d’obligation de résultat ; juste être soi
Ca veut dire :
comme la pratique d’un art
comme des artistes, comme si on était des écrivains

Un espace de création

En écriture créative, le tout est de connaître les principales règles qui relèvent de la grammaire et de l’orthographe, pour ensuite comme en jazz les respecter ou pas.ateliers 2009 039

Il s’agit aussi de passer un contrat de lecture avec le lecteur, lui proposer un mode de lecture jusqu’au point de se faire comprendre. Ça peut être par la structure, c’est alors un contrat esthétique, ça peut être par la langue, c’est alors un contrat poétique.

Et sur cette base, la seule exigence et le seul repère sont la possibilité de partage (ou pas) avec le lecteur. On démarre de ses propres ressources, de ce qu’on sait ou qu’on a envie de faire, pour voir quand et comment, à partir de quoi, le lecteur comprend ce que je veux dire et vient prendre sa place.

Stanislas Dehaene, neurologue, parle de cette zone du cerveau dédiée à la lecture. Lorsqu’elle n’est pas utilisée elle est en friche, elle ne sert à rien d’autre.
Les CEO, les décideurs par exemple, osent pour certains à oser ne pas prendre les tablettes et penser sur leur carnet, leur cahier ; nous réfléchissons, organisons à la main, prenons des décisions à la seule force de l’écrit. Nous fabriquons possiblement notre chemin, prenons nos décisions, avec ce seul outil.
Oeuvrons à connaître et partager l’écrit, ce savoir-faire, à se l’approprier, le reconquérir ; oeuvrons à garder ceci possible pour tout un chacun, à la mesure de son envie,son besoin, de ce qu’il cherche, à la mesure de son plaisir.

« Osons l’écrit »

Écrire comme la pratique d’un art, dans un groupe qui se retrouve pour un cours comme ce serait pour un cours de peinture, dessin, sculpture, musique… ; se découvrir soi-même devant le fait d’écrire ; découvrir ce qu’on y fait – on ne sait tellement pas ce qu’on sait faire. Découvrir comment, moi, je commence, comment ça s’arrête, comment j’aime ou pas, à tel endroit du texte. Comment se fait ce premier élan pour moi. Comment j’aime ou pas tel ou tel moment du travail qui suit.

Dis-donc tu as vu ce truc il faut absolument aller le feuilleter absolument pour voir la mise en page totalement innovante, le hors série numérique de Influencia sur La conversation

On s’appuie dans mes ateliers sur les ressources que construisent l’art et la littérature chez l’humain depuis les grottes de Lascaux et les fragments de Pétrarque. À l’appui des formes littéraires multiples à notre disposition, au creuset des temps, espaces, pays, cultures, mondes du dedans et du dehors, si différents.

Ecrire apprend aussi à lire. Emilia Ferreiro l’observe en compagnie des enfants. Abandonnons l’idée de ne plus leur apprendre à écrire !

Plus tard, adulte, puisqu’on passe sa vie à naître il en est de même en continu. Écrire et lire sont les deux faces d’une même préoccupation, l’inscription, le texte. Ainsi de soi à soi, de soi à l’autre, on inscrit quelque chose du continu. Comment élaborer un texte, pour écrire, comment interpréter un texte, pour lire.

« L’ultime du poème est l’imperfection », nous dit Pierre Oster – de la même manière souvent l’imperfection nous émeut-elle chez quelqu’un.

Les mots, sons, phrases, rythmes, points, point-virgules, paragraphes, syllabes, consonnes, voyelles, alphabet, ponctuation ou pas, la langue maternelle, langue étrangère, poésie langue de la mère. Les outils de la matière qu’on agence en grammaire, orthographe, mot, phrase, paragraphe… Et puis il y a le support, l’espace sur lequel ou dans lequel on écrit : l’écran, le papier, le mur, le tableau, la table d’argile, la tablette d’ordinateur… Et l’outil pour inscrire, écrire, différent ou pas des outils pour dessiner : stylo, bille, feutre, plume, clavier, crayon, stylet, doigt, pouce… Un écran n’est pas forcément un mur plat à 2 dimensions, ce n’est pas forcément seulement une métaphore du papier, seule la programmation impose ça. Il y a là aussi beaucoup à inventer.

Osons l’écrit

comment écrireUn soutien, un accompagnement

Tout est question de désir, de plaisir, de travail, d’apprentissage, de sensations, d’émotion. Il y a toujours une peur derrière le désir d’écrire, un trac. Et on écrit toujours à quelqu’un, une adresse ; une personne réelle, ou imaginaire, quelquefois soi.

Tout ceci est un accompagnement vers l’émotion et l’autonomie.

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Dans mes cours d’écriture, on travaille sur les textes et uniquement les textes, pas sur les personnes. On cherche ce qui marche, les appuis, la construction, les assemblages qui se sont faits, les pierres qui dépassent comme pour traverser un gué et continuer. Tous types de « genre » se côtoient (narration, poésie, roman, nouvelles, fragments…) selon ce que produit chacun, là où il en est. Le travail en est d’autant plus riche.

Dans mes cours d’écriture, la publication aussi est une autre histoire. Celle d’autres personnes, les éditeurs, dont c’est le métier. Si elle arrive un jour pour nous, tant mieux. Nous, notre métier est d’écrire, écrire.

Autrement dit

Pour ce soutien, cet accompagnement, 3 pistes dans lesquelles nous nous engageons ensemble

1/ Chercher le confort
Le confort de l’écriture, le confort de la relation, le confort du travail, de l‘intelligence collective, le confort du cadre clairement posé dès le départ, le confort du cadre physique dans lequel on s’installe, on travaille, comme les artistes.

Entouré, accompagné dans la discrétion et l’éthique professionnelle, parler, chercher, trouver ou ne pas trouver ensemble comment avancer, où se trouve ce que le texte veut dire, ce que son auteur veut dire, comment rester en et dans l’alignement de ce qui est juste pour lui et pour soi ?

2/ Décupler ses chances

Décupler ses chances de découvrir ce qu’on ne sait pas ce qu’on sait faire.

Décupler les chances du texte à prendre toute sa place.

Travailler en groupe, en réseau, en partage, partager les réussites, les difficultés, les questionnements, les ressources, les doutes, les solutions, les idées, les multiples sens des mots et les multiples langues, les multiples pentes.
L’intelligence sensible, de soi et des autres, la richesse, l’écoute, faire le point de là où on en est ou pas, de là où on va ou pas, comment j’avance, la prochaine étape, le prochain pas.
Vivre sa propre relation à l’écrit telle qu’elle est pour soi et pour personne d’autres, sa relation aux mots travail, projet, structure, temps, organisation, choix, poésie…

3/ Être imparfait
Être imparfait, ça multiplie les possibles, les voies, les voix.

Être soi c’est un chemin, une histoire d’amour et de création ; « c’est l’histoire de toute une vie. »

On ose, on respecte, on sent, on voit, on écoute, on cherche, on apprend, en deux mots on la prend, cette parole ; on fabrique ce qu’on a à dire. Et puis on la donne. Toujours on grandit, ce sont des WORKSHOPS ; oui comme aux Etats-Unis, certes le mot est anglais ; pour nous c’est surtout une manière de travailler dans et autour de l’écriture comme la pratique d’un art.

Travailler son écriture comme la pratique d’un art, peinture, sculpture ou musique, profitant du groupe et chacun pour soi, dans des perspectives amples, libres, de confort et d’imperfection.

écrire sur le mur

Ecrire est un espace de création

De l’idée à l’objet, du désir à l’acte, la création est un espace, l’écriture créative comme une pratique artistique

Alain est gendarme à la retraite : « Françoise, pendant ce stage, j’ai trouvé la clef de mon écriture : c’est l’émotion. »

Effectivement, le coeur est là, le noyau : on n’explique pas, on ne commente pas, ce qu’on fait souvent par peur de ne pas se faire comprendre, on donne à voir, à sentir. On biffe les commentaires et on ne laisse au texte que ce qui fait sentir, voir, goûter, sentir deux fois, toucher : on transmet l’émotion. Elle est pure, nette, la place est au lecteur qui se fera lui-même, ou pas, son opinion, ses commentaires, à sa façon, qui sera lui-même ému, au travers de son propre corps par ce qui « passe » à travers le texte.

L’écriture passe par le corps

Un jeune japonais, Toshiro, poète à la recherche de sa poésie à travers le monde et les langues, les cultures, participant de l’atelier d’exploration poétique, nous expliqua ainsi sa conception de l’écriture de haïku (les haïku sont des petits poèmes japonais, de tradition très ancienne, de trois vers très courts, dans lesquels, dit-on par exemple en occident, le lecteur est censé ressentir à la fois l’esprit du temps qui passe que le temps lui-même, un instant fixé, suspendu, serti autour de, une émotion, une sensation, quelquechose de très ténu et fugitif, qui a souvent trait à la nature). Toshiro nous dit :

« L’écriture de haiku, en 3 vers, c’est
1
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4 pour le lecteur. »

Et bien cette ouverture, du « 4 pour le lecteur », ce qui n’est pas écrit mais qui se sent, est tout ce qui se travaille pour nous, partout, dans le moindre texte, le moindre paragraphe, la moindre phrase ; le moindre mot même, peut-être.

L’écriture est émotion

Le travail de la création littéraire, de l’apprentissage créatif, passe donc avec nous par la clef de l’émotion, par laquelle il s’agit de découvrir, mettre en œuvre et développer ce qui pousse à écrire « quoi « , « à qui « et « comment » ; autrement dit qui parle, dit quoi à qui, et comment. L’expérience montre que les résultats de ce travail se transposent d’eux-mêmes vers tout autre type d’écriture, personnel ou professionnel. Elle dévoile aussi un effet identique directement sur la personne. Monique, 3 ans après son passage de 3 ans en atelier, plus des stages, me dit en deux mots ce qu’elle retient pour elle-même de ce passage : « C’est chercher à être soi ; c’est toute une vie ! »

En effet, outre cette connaissance, implicite au travail du texte donc du langage, en particulier par la recherche de cette fameuse « place du lecteur », c’est aussi la découverte de la vie d’un groupe autour de la création littéraire qui nous donne de nombreux outils pour aborder l’autre, ses manières d’être, d’entendre, de comprendre, de percevoir, chacune différente et différente des siennes.

Le cadre en est clair, uniquement tourné vers le texte, et jamais sur la personne (même s’il y a un « je » dans le texte, ce n’est pas la personne, c’est déjà une construction, un personnage, un « autre »), dans un espace où l’on repère d’abord ce qui tire vers la construction, vers la création, ce qui « marche » (ce qui ne marche pas, ensuite, tombe tout seul), un peu à la manière d’un gué où l’on repère, pour traverser, les pierres qui dépassent. Le but fondamental ici est d’abord l’écriture de chacun, unique, différente, de donner finalement à chacun, en bout de parcours, le maximum de moyens pour se bâtir, chacun à sa manière, dans sa vie et dans sa tête, son propre atelier d’écriture littéraire (comme se crée un atelier de peinture, de sculpture ou de musique.)

On écrit toujours à quelqu’un.

Ecrire est un outil, une traversée, un apprentissage

ressources d'écritureUne séance dure entre trois heures et trois heures et demi. Une proposition, ou suggestion, ou incitation, d’écriture, oriente et lance le désir d’écrire à travers une forme littéraire donnée (en cela, il n’y a pas de « hors sujet » puisqu’il ne s’agit pas d’un sujet ni d’un thème, mais d’une forme, littéraire, à travers laquelle peuvent passer des milliers de sujets, donc autant, à chaque fois, que de participants) et ceci en liaison avec la séance précédente. Puis l’on écrit (pas moi) et des retours, des remarques sont faits sur les textes qui sont lus par chacun à haute voix. Faire des remarques, cela s’apprend, et l’on apprend donc aussi à devenir lecteur, des autres, de soi-même, puis de toute la littérature.

Un groupe est constitué de quatre à douze personnes. Le déroulement de mon accompagnement est une progression en trois degrés : « Exploration », où l’on (re)découvre sa propre écriture ; « Projet », où l’on aborde la question du projet long, selon les personnes écriture longue ou poétique ou fragmentaire ; « Création » pour la constitution de son propre atelier chez soi. Le rythme est, au choix, d’une soirée par semaine ou d’un week-end par mois, le tout sur 9 mois.

J’organise aussi des stages : week-end Découverte, Ecriture de nouvelles, 5 Jours, Voix de l’auteur : structures au-delà de la narration, 5 jours, Architecture d’un objet littéraire : textes, recueils, 5 jours, Exploration poétique, 2 fois 3 jours.

En fin de parcours des trois ans d’ateliers réguliers, le groupe « Travail du texte » aide à ce que la vie d’un groupe puisse continuer en devenant autonome, s’installer, perdurer autour des élans et désirs de chacun en matière de conduite, de remarques sur les textes produits chez soi et distribués. Cet atelier travaille aussi sur des compte-rendus de lectures de livres sous l’angle de leur construction, fabrication, structure externe (apparente) et structure interne (sous-jacente), fournissant ainsi à chacun toujours de nouveaux exemples et de nouvelles idées de ce qu’il est possible de faire et comment.

On prend conscience au fil des ateliers de l’importance pour chaque individu et du privilège de disposer autour de soi de lecteurs, des vrais, qui ont appris à lire et à entendre les textes, donc à les travailler en détails et en général, et à porter regard, remarques et reconnaissance, indépendamment d’une contingence de publication, sur leur entrée en littérature, en objet littéraire, en création.

Essayer d’être soi

Au fil de l’atelier, le travail d’écriture créative tisse des fils au travers du réel, de l’imaginaire, de la mémoire et du symbolique, en faisant traverser des formes littéraires par lesquelles on s’exerce soi-même dans son propre texte. Accompagné d’autres présences, on se retrouve à des endroits de son écriture où l’on ne serait peut-être pas allé, du moins si vite, tout seul. Il n’est pas question de « niveau » d’écriture, chacun entre dans l’atelier, là où il en est.

Sont abordés avec nous, durant trois degrés, « Exploration », « Projet », « Création », l’apprentissage aussi bien des formes brèves que longues, par exemple par le travail de notations, description, l’écriture de trajet, le travail du dialogue, l’écriture poétique, la question du point de vue (qui parle et d’où ça parle), ou celle du rapport à l’illustration (tableaux, photos), ainsi que les ingrédients de structure d’un projet long d’écriture, récit, roman, nouvelle, ou recueil de fragments ou poésie (monologue intérieur, conversation, dehors-dedans, passage d’une tête à l’autre, etc).

Ceci se déroule avec le support d’extraits de textes de ce que l’on appelle les chercheurs en littérature, depuis Rabelais en son temps jusqu’à Laurent Mauvignier actuellement, en passant par Joyce, Faulkner, Proust, Flaubert, Beckett, Duras, Sarraute et tant d’autres, dont certains moins connus.

Sans cesse la question de la forme est-elle ramenée au fond, par le biais d’une exploration intérieure de l’écriture qui est une matière. Sans cesse s’agit-il de trouver le mot juste et la place juste du mot, en toute rigueur, à travers les universaux du travail du texte (enlever-couper, ajouter-coller, déplacer-remplacer ; validité d’un adjectif, d’une explication ou d’un commentaire), pour que passe dans le texte écrit le sens, la sensation, la pensée, l’émotion transformée.

Le coeur de l’atelier : le travail du texteBrouillon Flaubert - L'education sentimentale - Copie

Donner à voir, donner à sentir, travail du texte sont chez nous les maître-mots dans la recherche de l’écriture de chacun. Ce travail conduit dans le texte à la constitution de la « place du lecteur » qui se revendique d’elle-même par ce que dit le groupe sur les textes écrits qui sont lus par chacun ; elle se constitue peu à peu chez chaque individu par cette présence même du groupe qui réagit à la lecture des textes.

Faire des retours, des « remarques » au sens du langage maritime, points remarquables que l’on repère et relève pour se diriger, cela s’apprend. Sous mon regard et ma vigilance, il ne doit s’agir ni de destruction, ni de dérive incontrôlée en un atelier thérapeutique. Ma seule grille de « lecture » pour mener le travail du groupe et de chacun est le texte et le texte seulement, son travail ; ma seule référence et mon seul point d’appui ne sont pas les personnes mais les textes ; ce que les personnes produisent.

Ma manière de mener des ateliers d’apprentissage créatif de l’écriture littéraire, outre la littérature et ma propre expérience d’essayer d’être écrivain, s’appuie sur mes connaissances issues de la pratique pendant dix ans du métier d’ébéniste (dont trois ans de compagnonnage) puis de dix ans en tant qu’ethnologue auprès d’Eric Gallais (Laboratoire Ethnologie et Technique de l’Université Paris 7) puis par ma position pendant cinq ans d’assistante d’Elisabeth Bing (à l’origine du mouvement fondateur des ateliers d’écriture en France depuis 1969), le tout allié à la pratique continue d’une psychanalyse.

D’un côté le travail d’une matière, le bois, son assemblage, sa sculpture, sa construction, de l’autre la recherche de ce qu’il y a dans la tête de l’autre comme dans la sienne, et dans sa vie, rejoignent d’emblée la question de l’écriture créative, de son travail, de l’apprentissage et de la création.

Des livres publiés ont porté reconnaissance éditoriale de ma propre qualité d’écrivain (je ne pourrais pas faire ce travail si moi-même je n’écrivais pas.)

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